17.10.2006

Le Matin
page 2
Evenement

POLéMIQUE.
Le socialiste Andreas Gross accuse Christoph Blocher de racisme
L'Afrique fait transpirer Blocher

BERNE Christoph Blocher a-t-il laissé entendre que les Africains étaient paresseux? Le conseiller national Andreas Gross répond oui! Le département du conseiller fédéral nie fermement.

Nathalie Ducommun

Raciste, Christoph Blocher, lorsqu'il parle de l'Afrique? Depuis ce week-end, les réponses fusent. «Je maintiens que le conseiller fédéral a clairement laissé entendre que les Africains sont trop paresseux et trop bêtes pour que réussissent les investissements que l'on fait chez eux», a déclaré hier au «Matin», le socialiste Andreas Gross. Le Département fédéral de justice et police (DFJP) venait de publier un communiqué. Pour se défendre des accusations de racisme portées à l'encontre du conseiller fédéral.

Procès-verbal explosif

Retour sur une affaire en trois temps. Le 14 septembre dernier, Christoph Blocher s'est exprimé devant la Commission des institutions politiques du Conseil national. Le «Matin dimanche», révélait ce week-end ses propos inscrits noir sur blanc au procès-verbal de la séance. Au sujet de l'aide économique à l'Afrique, par exemple: «Nous payons aujourd'hui 400 millions de francs. Je ne veux pas parler de leur utilité. En tant qu'homme d'entreprise, je n'en vois aucune». Ou encore: «Ce qu'on doit faire avec l'Afrique, je n'en sais rien. Une possibilité serait de la laisser à son propre sort.»

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Notamment celle d'Andreas Gross. Le Zurichois préside la Commission des institutions politiques devant laquelle Blocher s'exprimait. Il a déploré dimanche que le discours du ministre reprenait des thèses racistes.

Troisième acte: la contre-attaque hier de Christoph Blocher, par voix de son service de presse. Celui-ci «récuse fermement les déclarations du conseiller national Gross (…) dénuées de tout fondement.» Le DFJP invite même la commission à rendre public le contenu de la séance: «Les mots que le conseiller national Gross met dans la bouche du conseiller fédéral Blocher ne se retrouvent nulle part dans le procès-verbal, et pour cause, puisqu'ils n'ont jamais été prononcés.»

Solidarité de la gauche

Andreas Gross qualifie d'«incroyable» la réaction du département, et persiste. «Je n'ai jamais cité les propos de Blocher pour ne pas commettre d'erreur illégale. Car la commission se déroule à huis clos. Mais j'ai résumé mon impression. Et ce qu'il a dit était encore pire que les impressions que j'ai exprimées!»

Les membres socialistes et verts de la commission se rangent derrière Andreas Gross. «Je soutiens clairement la position du président, affirme le Genevois Ueli Leuenberger. Le ton et la partition qu'a jouée Blocher étaient de la musique raciste.» Même élan de solidarité du côté de la socialiste Maria Roth-Bernasconi: «Lorsque le conseiller fédéral explique que les Africains n'ont pas la culture pour s'en sortir, il tient un propos raciste, cela ne fait aucun doute.»

A moins de deux mois des votations fédérales sur le milliard pour les pays de l'Est, le thème de l'aide financière suisse aux pays étrangers n'est pas près de disparaître. «Je vais réfléchir quelle suite la plus constructive donner à cette affaire», conclut Andreas Gross. «Pour aller dans la direction d'une autre relation entre la Suisse et l'Afrique.»


Andreas Gross



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