26 juin 2009

Le temps

SUCCESSION COUCHEPIN
Andreas Gross réclame un débat politique


Bernard Wuthrich

Le socialiste zurichois prépare un ouvrage collectif de réflexions. Il veut notamment s'interroger sur le risque que comporterait le refus du deuxième siège radical

Les conseillers fédéraux ne sont pas élus sur la base d'un programme politique. Certains le déplorent. Mais ce qui compte, c'est que les membres du corps électoral, c'est-à-dire les 246 parlementaires sachent à qui ils ont affaire et connaissent les positions politiques, le caractère et les qualités des candidats. Ce qui est généralement le cas pour les prétendants issus du parlement, un microcosme où tout le monde se connaît bien.

Pour les outsiders, c'est plus compliqué. Une campagne d'autopromotion supplémentaire est nécessaire. Ainsi, en 1999, Ruth Metzler et sa colistière Rita Roos avaient dû redoubler d'efforts pour se «vendre» auprès des parlementaires, qu'elles n'avaient quasiment jamais côtoyés. C'est d'ailleurs parce que de plus en plus de candidats au gouvernement sont venus de l'extérieur du législatif fédéral que les auditions devant les groupes parlementaires se sont généralisées. A tel point que, désormais, même les gens du sérail doivent passer ce test.

En français et en allemand

Dans le cas de la succession de Pascal Couchepin, les prétendants qui ne sont pas connus du corps électoral seront obligés d'entreprendre une petite campagne pour exposer leurs idées. C'est ce qu'aurait fait Pierre Maudet – on a d'ailleurs cru qu'il avait déjà commencé – s'il avait décidé de se lancer. Et Pascal Broulis devra s'y soumettre s'il est tenté par l'aventure.

Le conseiller national Andreas Gross aimerait aller plus loin qu'une simple connaissance des candidats. Comme il en a pris l'habitude depuis dix ans, il souhaite que l'on profite systématiquement du renouvellement, total ou partiel, du gouvernement pour se poser quelques questions sur le sens de la concordance. Il prépare un livre à ce sujet, a-t-il annoncé dans l'Aargauer Zeitung. Il le publiera, en allemand et en français, dans sa propre maison d'édition de Saint-Ursanne, durant la seconde moitié d'août, précise-t-il au Temps.

Sous le titre Election au Conseil fédéral: un casting populaire? ce livre de réflexion ambitionnera de soulever plusieurs aspects politiques de l'élection du successeur de Pascal Couchepin. Andreas Gross juge nécessaire de sortir du «débat personnaliste» et de s'interroger sur certaines «valeurs institutionnelles».

«La composition du Conseil fédéral ne se limite pas à une question mathématique. Elle exige aussi une certaine cohérence sur les valeurs républicaines et un examen détaillé de la compétence sociale de chacun à travailler ensemble. Un gouvernement est davantage que la somme des individus qui le composent», argumente-t-il.

Il privilégie clairement la concordance politique par rapport à la concordance arithmétique. Et désire poser de front la question des conséquences éventuelles du remplacement de Pascal Couchepin par quelqu'un d'un autre parti, par exemple démocrate-chrétien. «Que se passe-t-il si l'on refuse au Parti libéral-radical son deuxième siège? On risque de le pousser durablement dans les bras de l'UDC», prévient-il. Est-ce cela que l'on veut? Lui-même ne le souhaite pas.

Il poursuit avec une autre interrogation: «Une petite concordance composée des Verts, des socialistes et des démocrates-chrétiens serait-elle meilleure ou non qu'un gouvernement dans lequel se trouvent des gens qui ne s'inscrivent pas dans les valeurs républicaines?» Il faut rappeler ici que le socialiste zurico-jurassien a toujours remis en question la légitimité de la présence au gouvernement de représentants de l'UDC peu respectueux des institutions.

Eveline Widmer-Schlumpf témoigne

Sa démarche constitue ainsi le prolongement de celle qu'il avait entreprise en 2007, lorsqu'il avait milité contre la réélection de Christoph Blocher. A l'époque, il avait publié un livre collectif, intitulé Choisir une autre voie, auquel avaient participé plusieurs autres personnalités, dont l'ancien conseiller fédéral Otto Stich.

Cette fois-ci, le conseiller national Jacques Neirynck (PDC/VD), les conseillers aux Etats Luc Recordon (Verts/VD), Dick Marty (PRD/TI) et d'autres livreront leurs réflexions. De même qu'Eveline Widmer-Schlumpf et Hansjörg Walter, rival malgré lui d'Ueli Maurer en décembre 2008. «Nous allons discuter de tout cela de façon pluraliste», promet Andreas Gross. L'essentiel étant, insiste-t-il, d'«éviter que le débat ne se réduise à des questions de personnes».



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