22. Nov. 2008

l'Impartial,
La Chaux-de-Fonds

La Liberté,
Fribourg

Il vaudrait mieux
donner à l'UDC plus de temps


L'élection du successeur de Samuel Schmid, le 10 décembre, semble placée sous le slogan «n'importe qui sauf Blocher». Un piège, dit Andreas Gross, pour qui l'UDC n'est pas encore en mesure de proposer un candidat apte à la concordance.

Propos recueillis par François Nussbaum

Une véritable réflexion sur la concordance, c'est ce qui continue de manquer dans le débat politique: le conseiller national Andreas Gross tente de provoquer ce débat, hier comme aujourd'hui. Sans quoi le Parlement élira le 10 décembre un(e) blochérien(ne) qui aura le même mépris des institutions. Il doit admettre que le Conseil fédéral n'a pas encore montré concrètement, en un an, que l'absence de Christoph Blocher était un avantage.

Etes-vous étonné de la tentative de retour de Christoph Blocher?

Non. On a sous-estimé l'impact de sa non-réélection sur lui: il souffre chaque jour depuis le 12 décembre 2007. Il a cherché à se venger, en particulier de Samuel Schmid, en attisant la jalousie des officiers qui ont vu le jeune Roland Nef passer devant eux. Pas étonnant qu'après avoir obtenu cette vengeance, il cherche à revenir.

Mais il a peu de chances d'être élu, parce qu'il a sous-estimé, lui, l'érosion de son pouvoir absolu au sein du groupe UDC au Parlement. Début octobre, le groupe a refusé de lui donner carte blanche. On verra le 27 novembre s'il refuse également de proposer un ticket de deux candidats, dont Blocher, ce qui apparaîtrait aussi comme une candidature unique, en faveur de l'autre.

Le parti zurichois exerce pourtant une forte pression …

A Zurich, l'émancipation par rapport à l'ancien chef ne s'est pas encore faite. Les délégués, lundi, vont d'ailleurs confirmer le choix de leur direction pour la candidature unique de Blocher. Il faut dire aussi qu'à Zurich, d'une manière générale, on pense trop qu'on peut ignorer le reste du pays. Mais au sein du groupe, où l'ancien conseiller fédéral a continué d'imposer ses diktats depuis un an, les vexations ont été nombreuses.

Le problème, c'est que le groupe UDC est très homogène parce que très peu pluraliste. Il y a des gens qui, tout en étant bien dans la ligne du parti, n'ont pas les comportements blochériens de non-respect de l'opinion des autres, des institutions, des droits fondamentaux. Mais ceux-là n'ont pratiquement pas encore l'occasion de s'exprimer.

Le groupe ne proposera donc pas un véritable choix?

Ce sera difficile. Les noms les plus souvent cités sont ceux de Ueli Maurer, Caspar Baader, Adrian Amstutz, Rita Fuhrer. Tous sont des blochériens – presque des Klons de Blocher - prêts à afficher le même non-respect des valeurs républicaines que Blocher - mais sans l'atout du maître qui, refusant le débat interne, a toujours accepté la confrontation à l'extérieur.

C'est ça le danger qui guette le Parlement: ceux qui se félicitent aujourd'hui de ne pas avoir voté Blocher l'an dernier semblent prêts à se satisfaire du slogan n'importe qui sauf lui, quitte à élire un(e) blochérien(ne) de la ligne dure.

Dans cette situation, je pense qu'il vaudrait mieux donner à l'UDC plus de temps pour laisser émerger des gens respectant les institutions, la séparation des pouvoirs, les tribunaux, les engagements internationaux. A l'image d'Eveline Widmer-Schlumpf, dont le programme politique est très UDC, comme on le voit dans le domaine de l'asile.

Pensez-vous que les autres partis soient prêts à jouer cette carte?

Ma crainte, c'est qu'ils soient angoissés par leur manque d'argument à justifier pourquoi ils auraient bloqué le retour au Conseil fédéral du plus grand parti. On en revient à la concordance, qui est avant tout un respect des autres opinions, avec la conviction que c'est avec les autres – même dans la confrontation – qu'on cherche et qu'on trouve des solutions dans l'intérêt général.

La concordance, c'est plus que de l'arithmétique. C'est admettre que, même s'il s'agit du plus grand parti, ce parti peut se disqualifier s'il concentre tous ses efforts en vue d'obtenir la majorité absolue. Parce qu'une fois ce but atteint, il n'y aurait plus de concordance du tout.

Dans sa composition actuelle, le Conseil fédéral est donc conforme à ce concept de concordance?

J'ai envie de répondre oui et non. Oui parce qu'Eveline Widmer-Schlumpf respecte les critères de cette concordance. Et non parce que cette petite concordance (sans l'UDC) est vécue de manière non consciente. Je veux dire que le Conseil fédéral a continué de fonctionner comme avant décembre 2007: bien que soulagé, il n'a pas montré à l'extérieur, à la population, que la concordance retrouvée lui avait donné un peu d'élan.

Il y avait pourtant matière à le montrer: dans le domaine du climat, de l'énergie, des transports, du social. Pourquoi, par exemple, le Conseil fédéral n'a-t-il pas tenté de présenter un contre-projet à l'initiative sur l'AVS? S'il estime son champ d'application trop large, il aurait pu proposer d'ouvrir la retraite flexible (sans diminution de rentes) aux salaires jusqu'à 90.000 francs au lieu de 120.000. On sait depuis une dizaine d'années que le peuple souhaite la flexibilité: au lieu de diviser la population le 30 novembre, on aurait pu réunir une majorité de 70% sur un tel contre-projet …


Kontakt mit Andreas Gross



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