27. Sept. 2005

Le Temps

«Encore dix ans avant de parler d'adhésion»

Andreas Gross, conseiller national (PS/ZH)

Les Suisses ont une fois de plus affiché leur soutien à la voie bilatérale. Qu'est ce qui pourrait encore les pousser vers l'adhésion?

C'est vrai que la majorité des Suisses pensent que cette voie suffit à régler nos relations avec l'Europe. Mais notre pays n'est pas représenté dans les instances où sont prises les décisions qui déterminent le destin de la Suisse. Et, pour un pays qui est si sensible à l'autodétermination, cette situation est indigne.

Les Suisses ne voient-ils pas cela?

La majorité des Suisses n'est pas encore consciente que l'Etat nation ne peut plus défendre leurs intérêts du point de vue de la mondialisation. Seule l'Union européenne peut le faire et les bilatérales ne permettent pas d'influencer les décisions au niveau européen. Le défi est à présent de convaincre les Suisses de cet état de fait. Je suis certain que leur perception de l'Europe va changer après cette prise de conscience, mais aussi après les expériences que la Suisse va engranger dans l'espace bilatéral, qui lui laisse un pouvoir décisionnel limité.

Et pourtant les politiques tendent à prôner le contrait en disant que la Suisse conserve une liberté de choix avec les bilatérales ...

La voie bilatérale permet à la Suisse de gérer ses intérêts vis-à-vis de l'Europe. Mais le citoyen suisse n'a pas le pouvoir de participer à la gestion de l'UE. En Suisse, nous continuons de penser que nous pouvons tout mieux réussir en agissant seuls. Intellectuellement, c'est un grand défi que de changer ce modèle, qui nous a réussi jusqu'à présent.

Un non dimanche aurait-il pu déclencher cette prise de conscience?

Pas du tout. La thérapie de choc ne fonctionne pas sur la Suisse, car elle n'a pas la culture de se tourner vers l'extérieur en cas de crise. Depuis 1870, la Suisse s'est forgé sa propre mentalité. Pour la changer, un choc ne suffirait pas. Elle a besoin d'une prise de conscience profonde et sur la durée.

Il faudra donc du temps pour convaincre les Suisses des avantages de l'adhésion?

Oui. J'estime qu'il faudra encore dix à quinze ans. La problématique de l'adhésion peut être comparée à celle de l'ONU. Nous participions depuis longtemps à l'organisation technique de cet organe, mais nous n'étions pas au cœur de l'ONU politique avant 2002. Les Suisses se sont habitués, ont appris à connaître les Nations Unies et ont fini par adhérer, treize ans après un premier échec. L'Union européenne fait encore peur. Mais les bilatérales vont aider à rassurer. Elles aideront à nous rapprocher de l'adhésion.

Propos recueillis par Stéphanie Germanier, Berne



Andreas Gross



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